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Les Mystères de Pékin
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24 octobre 2013

Le Xinjiang

Enfin ! Il m'aura fallu plus de 4 mois pour trier, publier et organiser ces photos du Xinjiang, la faute à mon ordi agonisant encore une fois. Bref. Le Xinjiang, c'est le voyage le plus dépaysant que j'aie pu faire en Chine, le seul endroit ou je ne me suis pas sentie en Chine en fait. Le Xinjiang est une région vraiment à part, peu fréquentée des touristes chinois. Les touristes chinois ne sont pas forcément très téméraires et les informations telles qu'elles leurs sont présentées ne sont pas forcément encourageantes non plus ... Pour plus d'informations sur la situation au Xinjiang, vous pouvez lire (ou relire) cet article consacré à la minorité Ouighoure.

 

Sinon pour faire court, le Xinjiang c'est une région de Chine située au nord-ouest du pays. Au dessus du Tibet. D'ailleurs on l'appelle souvent l'autre Tibet, à cause de la situation politique. Le Xinjiang c'est déjà l'Asie Centrale, et sa population est composée de différentes ethnies, dont les Ouïgours. Les Ouïgours luttent pour l'indépendance du Xinjiang. Les Chinois, pour différentes raisons, veulent conserver le Xinjiang et luttent contre les indépendantistes. Pour assurer ses arrières, Pékin a envoyé des Hans (ethnie majoritaire de Chine) coloniser le Xinjiang. Comme toujours il y a du bon et du moins bon dans la colonisation. Grâce aux chinois tous les enfants du Xinjiang vont à l'école. Mais parallèlement les emplois et les richesses minérales de la région sont captés par les colons, au détriment des autochtones. On pourrait en écrire des lignes et des lignes, mais au final il ressort que l'ambiance peut-être oppressante, que les Ouïgours se révoltent parfois et que les chinois répriment ses soulèvements assez violemment, que les Ouïgours se sentent persécutés et privés de leurs traditions ou de leur mode de vie.

 

Ce voyage s'est déroulé à l'occasion d'un grand week-end, début juin. Divisé en 2 parties, il y a d'abord eu l'expérience au bord du lac, la nuit sous la yourte kazakh, et ensuite un séjour à moins 144 mètres d'altitude, dans une ville complètement ouïgoure. Pour accéder à l'album photo, cliquez sur la carte ci-dessous ou sur celle qui se trouve dans la colonne de droite.

 

 

Alors, tout a commencé un mardi soir. Le mercredi étant férié en Chine, mon amie Sophie et moi avons pris l'avion à Pékin après le boulot, et après 4 heures de vol nous avons atterri à Urumqi, la capitale du Xinjiang. La seule ville reliée à Pékin par des vols directs en fait. Urumqi serait la ville la plus continentale du Monde. Quelque soit la direction, mer et océan sont à des milliers de kilomètres.

 

A l'auberge les formalités d'enregistrement ont pris un peu de temps dans la mesure ou le personnel parlait très peu le mandarin et encore moins l'anglais ... mais ça c'est fait quand-même. La langue la plus parlée sur place est le Ouïgour.

 

Le mercredi, réveil matinal pour prendre le bus qui doit nous amener au lac Tianshi. Il s'agit d'un bus classique, pas d'un circuit organisé par une agence de voyage. Nous achetons donc les billets, et quelques minutes après notre installation dans le bus, on nous vire pour faire de la place à un groupe. A partir de là c'est surtout Sophie qui va s'énerver puisque c'est elle qui parle chinois. En fait il y a plusieurs bus en partance pour le lac, mais aucun qui ne voit de raison de nous embarquer ... grrr. Finalement nous partons quand-même, mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises. On pensait que les chinois ne voyageaient pas jusqu'au Xinjiang, mais même s'ils représentent une minorité, une minorité d'1 milliard et quelques de personnes, ça fait du monde. Surtout un jour férié. Donc pour satisfaire ces chinois en goguette ou pour arrondir ses fins de mois, le chauffeur du bus nous arrête pour visiter un magasin de jade. Ou de soie je ne sais plus. Grrrrr encore. On finit par arriver à l'entrée du site. On achète nos billets. Mais là il faut encore prendre un bus car le site est à 30 km de l'entrée. Donc on reprend le bus. Et à mi-chemin, descente obligatoire au pied d'un village kazakh typique. Entrée payante évidemment. La visite n'est pas obligatoire heureusement, ce village reconstitué ne nous intéresse pas. Nous marchons une centaine de mètres et remontons dans le bus que nous venons d'abandonner, en compagnie de chinois qui eux ont visité le village folklorique. Nous arrivons enfin au lac un peu écœurées par tout ce business. Nous nous attendions à des difficultés mais pas à devoir suivre un troupeau de nombreux moutons. Là des kazakhs nous attendaient, et c'est la première fois depuis notre arrivée qu'on nous a parlé en anglais. Un anglais limité certes mais suffisant pour répondre à nos attentes : Sleep kazakh yourte point d'interrogation. Réponse Yes. C'est pour ça que nous sommes venues, pour tenter l'expérience de la nuit sous la yourte kazakh, à 2000 mètres d'altitude. On visite la yourte, elle nous convient. On pose nos sacs, et on part se balader autour du lac. Les chinois sont nombreux et bruyants, mais nous sommes arrivées à destination et le moral remonte. Les chinois restent à proximité du terminus du bus et ne vont pas plus loin que le temple "en plastique" édifié au bord du lac. Bon le temple n'est pas en plastique, mais il sonne faux, planté comme ça dans ce site naturel. Les chinois ont un certain don pour transformer le plus joli des sites en parc d'attractions. Musique à fond, location de costume pour pause photo, bateau ridiculement kitsh pour faire des promenades sur le lac ... Vers 16h, les touristes du jour reprennent le chemin de la ville, et le site se trouve bientôt désert. Il faut être étranger pour dormir sous la yourte, sans eau ni électricité, dans le froid des 2 000 mètres d'altitude. Il faut être étranger pour payer pour ça, les chinois préfèrent de loin, pour le même prix, le confort d'une chambre d'hôtel, confort qu'ils n'ont peut-être pas chez eux. On profite donc de notre soirée pour se balader au bord du lac et entre les yourtes, pour admirer les jolies couleurs du soleil couchant et observer les autochtones vaquant à leurs activités. Au moment de se coucher, Sophie essaye de chasser les grosses fourmis qui tentent d'entrer sous la yourte. Elles sont grosses mais loin de notre lit. J'ai oublié de prendre des photos mais le lit est en fait composé de couettes, dessus comme dessous. Personnellement ce sont les mouches et les moustiques dont je souhaite me débarrasser, il n'y a rien de pire que le bzzzz de ces sales bêtes quand elles se mettent à faire du bruit en pleine nuit.

Le jeudi, les chinois ont repris le boulot. Le lac est à nous. Nous décidons d'en faire le tour. Opération facile au début, le chemin est tracé. Petit à petit la tâche se complique, le chemin n'est pas toujours très visible. Nous devons traverser un petit pont à genoux, pour éviter de tomber de l'eau glacée. Et la deuxième partie étant plus sportive, nous nous demandons plusieurs fois s'il est vraiment possible de faire le tour du lac, si nous terminerons la balade à temps pour prendre le bus du retour. Finalement oui. Nous récupérons nos sacs et rentrons en bus à Urumqi. Le retour est plus calme que l'aller. Le bus est à moitié vide. A Urumqi on nous donne la même chambre que 48h plus tôt, et les retrouvailles avec lit douche et toilettes sont réjouissantes. La bonne nouvelle c'est que quelques jours après notre retour à Pékin, le lac et ses montagnes ont été classées par l'Unesco. Un site de plus en moins sur ma liste :)

Le vendredi, changement de décor, nous partons en bus pour Turpan. Turpan se trouve à l'est d'Urumqi, sur l'ancienne route de la soie. Le plateau de Turpan se trouve à une altitude négative, et après les sapins, le lac et les sommets enneigés, le paysage change radicalement. Tout est sec et limite désertique. Dès la gare routière d'Urumqi on a l'impression de changer de monde. Les vendeurs de pains arabes et de fruits nous dépaysent vraiment. On se sent vraiment ailleurs. Dès notre installation à l'hôtel, on nous propose un circuit sur mesure dans la région. Comme c'est ce que le Lonely Planet nous recommande de faire, on fait affaire. On sait déjà plus ou moins ce que l'on veut voir, il n'y a plus qu'à planifier. Comme il fait chaud et que c'est vendredi, jour de repos pour les musulmans, l'organisateur nous recommande de ne pas attaquer les visites trop tôt l'après-midi. On en profite pour déjeuner au marché situé juste au pied de notre hôtel. Les fruits, les couleurs, les odeurs, on a envie de tout goûter. Les pêches et les mirabelles sont les fruits du moment, et elles nous font vraiment envie. L'après-midi nous partons en excursions aux ruines de Jiaohe. Il faut beaucoup d'imagination pour visualiser ce que pouvait être le site à la grande époque, une garnison militaire. Il y en a plusieurs dans la région mais une visite suffit pour se donner une idée. On visite également un système d'irrigation des vignes. Parce que dans la région de Turpan, on produit beaucoup de raisin. Et qu'il faut une sacrée organisation pour l'approvisionnement en eau. La visite n'est pas vraiment passionnante ... et il est temps de rentrer à Turpan. On flâne de nouveau dans les rues du marché. Le dépaysement nous rend contemplatives.

 

Le samedi, on commence par la visite de Typoq, une ville surprenante. Une ville d'une autre époque, qui vit du raisin. On y vivrait pas nous, mais on trouve la ville magnifique. La mosquée, les enfants dans les rues, les vendeurs de pastèques ... on ne reconnaît plus du tout la Chine, et ça fait du bien. C'est toujours incroyable de constater qu'il y a encore des gens qui vivent dans de telles conditions. On a l'impression d'avoir changé de planète. On aimerait bien rester, regarder, mais il y a des gens qui vivent dans ses maisons, qui travaillent, et nous ne sommes pas au zoo, alors on continue la balade. On s'arrête au pied des montagnes de feu. Surprenantes par leur formes de flammes. Le site est un peu touristique mais heureusement il n'y a pas foule. Les chinois prennent une photo en costume local, sur le dos d'un chameau, et ils sont contents. Dans l'après-midi, on se rend à la Mosquée de Turpan, par nos propres moyens. A l'origine on voulait visiter la mosquée, mais le prix est un peu décourageant, et surtout la mosquée n'a pas l'air sensationnelle. Alors on se balade dans le quartier. On se fait surprendre par des peintures sur les murs des maisons, des peintures déplacées qui ressemblent tellement à des affiches de propagande. On se fait surprendre par les gens qui viennent laver scooter et voiture dans les ruisseaux, ou les mères de famille lavent également le linge de la maison un peu plus loin. Et puis on revient dans le centre de Turpan pour une dernière soirée.

 

Le dimanche on rentre d'abord sur Urumqi en bus. La région est très contrôlée du coup même en bus, même entre deux villes, on n'échappe pas au contrôle des passeports. Nous avons quelques heures à tuer à Urumqi avant de reprendre l'avion, vous verrez sur les photos des moutons qui attendent dans une voiture, qui attendent de passer à la casserole les pauvres. En fin de journée nous reprenons l'avion pour Pékin, des images plein la tête, et dans le ventre une grosse envie de pousser un peu plus vers l'ouest, vers la ville de Kasghar. Envie paradoxale dans la mesure ou ce qui nous a plu est aussi ce qui nous a souvent agacé. La culture ouïgoure nous a dépaysé. Mais la culture ouïgoure ce sont aussi ces hommes, les barbus, qui maintiennent les femmes dans un état d'infériorité, qui font semblant de ne pas nous voir quand nous venons acheter un pain à leur boutique juste parce que nous sommes des femmes. On s'agace. Ce n'est pas notre quotidien alors on s'en remettra. Mais quand-même.

 

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Commentaires
S
Sûrement celui de tes articles que je préfère miss! Tu m'as vraiment transportée! (bon en même temps comme j'adooorerais visiter l'Ouïgourie je te déteste un peu, mais juste un peu alors ça va ;)
Les Mystères de Pékin
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