Qufu
En route pour Qufu, dernière étape de mes virées estivales en 2012. Cette dernière a été placée sous le signe de la culture, Qufu (prononcer Tchoufou) étant le berceau de Monsieur Confucius himself !
Qufu se situe à un peu moins de 500 km au sud de Pékin. La ville est classée au patrimoine mondial de l'Unesco, pour le temple, la maison et le cimetière de Confucius. C'est d'ailleurs ce que vous verrez en parcourant les photos, accessible via l'album dans la colonne de droite ou via la photo ci-dessous.
Maintenant, parlons un peu de Confucius, le Bernard Henri Levy chinois de l'époque ! C'est un personnage qui a beaucoup compté et qui compte encore beaucoup en Chine. Je lis régulièrement mon horoscope chinois sur yahoo. Chaque jour il y a un nouveau proverbe chinois, ou une nouvelle citation. La moitié d'entre elles sont attribuées à Confucius. Certaines sont très justes et très intéressantes, d'autres sont difficiles à comprendre, et d'autres sont complètement stupides. Elles retrouvent certainement une certaine logique une fois replacées dans leur contexte. A voir.
Confucius est plus vieux que Jésus, il a vécu environ 5 siècles plus tôt. Il est considéré comme le premier "éducateur" de la Chine, et son enseignement a donné naissance au confucianisme, une doctrine politique et sociale qui a été érigée en "religion d'État" avant d'être officiellement bannie au début du XXe siècle.
Partant du constat qu’il n’est pas possible de vivre avec les oiseaux et les bêtes sauvages, et qu’il faut donc vivre en bonne société avec ses semblables, Confucius tissa un réseau de valeurs dont le but était l’harmonie des relations humaines. En son temps, la Chine était divisée en royaumes indépendants et belliqueux, les luttes pour l’hégémonie rendaient la situation instable et le pouvoir avait perdu son rôle unificateur et pacificateur. Confucius voulait donc restaurer ce mandat du Ciel qui conférait le pouvoir et l’efficacité à l’empereur vertueux. Cependant, même s'il affirmait ne rien inventer et se contenter de transmettre la sagesse ancienne, Confucius a interprété les anciennes institutions selon ses aspirations, il a semé les graines de ce que certains auteurs appellent l'« humanisme chinois ».
Mettant l’homme au centre de ses préoccupations et refusant de parler des esprits ou de la mort, Confucius n’a pas fondé de religion au sens occidental du terme, même si un culte lui a été dédié par la suite. Cherchant à fonder une morale positive, structurée par les « rites » et vivifiée par la « sincérité », mettant l’accent sur l’étude et la rectitude, Confucius représente pour les Chinois d’avant la Révolution l’éducateur par excellence. La lecture de ses écrits montre cependant qu’il n’a pas voulu s’ériger en maître à penser, et qu’au contraire il voulait développer chez ses disciples l’esprit critique et la réflexion personnelle : « Je lève un coin du voile, si l’étudiant ne peut découvrir les trois autres, tant pis pour lui. »
Confucius
Son enseignement, bien que principalement orienté vers la formation de futurs hommes de pouvoir, était ouvert à tous. On peut faire remonter à cette impulsion de départ la longue tradition des examens impériaux, chargés de pourvoir l’État en hommes intègres et cultivés, que le plus humble paysan pouvait en théorie tenter. Bien que cette institution « méritocratique » ait subi différents avatars et distorsions, elle a certainement joué un rôle prépondérant dans la pérennité de la culture chinoise et dans la relative stabilité de l’Empire Céleste pendant deux millénaires.
Selon Confucius, la soumission au père et au prince va de soi et garantit la cohésion des familles et du pays, mais elle s’accompagne d’un devoir de respectueuses remontrances si le père ou le prince vont dans la mauvaise direction. De très nombreux lettrés chinois, se réclamant à juste titre de l’enseignement de leur Maître, ont péri ou été bannis, pour avoir osé critiquer l’empereur quand celui-ci, sous l’influence de courtisans ou de prêtres taoïstes, ne prenait plus soin de son peuple et laissait le pays sombrer dans la famine ou la guerre civile.
La postérité de Confucius, en Chine et en Extrême-Orient, ne saurait être sous-évaluée. Jusqu’à la fin de l’Empire, en 1911, le système des examens, basé sur le corpus confucéen, est resté en vigueur. Certains analystes, chinois ou occidentaux, pensent que l’influence du Confucianisme est toujours prépondérante à l’époque actuelle. La Corée du Sud et Singapour, se réclament toujours de cette doctrine politique. Le Japon se revendique également de cette doctrine pour les bases de sa société et aujourd'hui encore, on considère que les racines de la société nippone sont shinto-confucianistes.
Cette continuité apparente du Confucianisme en Chine, ne doit cependant pas cacher les constants renouvellements, suivis de retours aux sources ou d’éclipses temporaires, qui ont animé l’histoire de la pensée chinoise. Ainsi le renouveau du Confucianisme, après une relative mise en retrait, a intégré les apports anciens de la pensée taoïste et les apports plus récents du Bouddhisme en une orthodoxie, restée relativement incontestée depuis lors.
